Xavier a repris ce cinéma indépendant à Guigamp
Il a été Talent BGE en 2017 et en 2026, il nous raconte son parcours
« Je viens d’une famille profondément liée au cinéma, ce qui a largement orienté mon parcours. Enfant, j’ai grandi dans un environnement marqué par l’engagement bénévole de mes grands-parents, qui géraient un cinéma associatif près de Saint-Nazaire. J’ai été très tôt immergé dans cet univers, notamment grâce à mon grand-père qui me faisait découvrir la projection sur pellicule. Ma grand-mère a poursuivi cet engagement jusqu’à ses 95 ans. Aujourd’hui, je suis moi-même président de cette association, que je gère à distance. Cet héritage s’inscrit aussi du côté de mon arrière-grand-mère, dont la maison a servi de décor au film Le Grand Chemin.
Après avoir obtenu mon brevet, je suis devenu projectionniste, puis j’ai suivi un DUT en information-communication, complété par un CAP d’opérateur projectionniste. J’ai occupé plusieurs postes dans différents cinémas, d’abord comme projectionniste, puis employé polyvalent, avant d’évoluer vers des fonctions d’assistant et de directeur adjoint. J’ai également développé des compétences en programmation et en négociation avec les distributeurs. Après plusieurs expériences marquées par des conflits, j’ai choisi de devenir indépendant afin de pouvoir mettre en place une vision personnelle conciliant exigences économiques et ambitions culturelles.
Je me suis engagé dans la reprise d’un cinéma en structurant progressivement mon projet, notamment grâce à un travail en amont avec les acteurs du secteur et les dispositifs de financement. Les échanges avec la Fédération des cinémas et l’IFCIC m’ont permis de consolider mon dossier, notamment en bénéficiant d’un prêt et d’une caution facilitant l’accès au crédit bancaire. Ce soutien a été déterminant pour rassurer la banque sur un projet nécessitant des investissements importants.
C’est également via ma banque que j’ai été orienté vers BGE Bretagne, où j’ai pu bénéficier d’un accompagnement et de dispositifs comme NACRE. Cette aide a été essentielle dans la phase de montage : structuration du projet, recherche de financements et sécurisation du démarrage. Grâce à ces soutiens, j’ai pu éviter une situation trop tendue au lancement.
J’ai ensuite affiné mon projet en identifiant une opportunité de reprise à Guingamp, en cohérence avec ma connaissance du territoire et une vision claire du positionnement du cinéma. L’ensemble de ces étapes – accompagnement, financements et choix stratégique – m’a permis de concrétiser un projet solide et viable.
Au moment de la reprise, mes parents étaient plutôt inquiets face à mon choix d’entreprendre, eux qui privilégiaient une voie plus stable. Malgré cela, j’ai pu compter sur leur soutien, notamment celui de ma mère pour la comptabilité. Les débuts ont été très intenses : entre la gestion des nombreuses factures hebdomadaires et l’organisation quotidienne, je savais que les premières années seraient exigeantes. Mais porté par la concrétisation d’un rêve d’enfance, je suis resté très engagé, sans jamais douter de la réussite du projet.
J’ai repris également les deux salariés, je pense que c’est le fait d’avoir sauvegardé ces emplois, surtout dans le domaine de la culture qui m’a valu d’être distingué pour la première fois en tant que Talent BGE. Le plus important pour réussir à pérenniser ces emplois c’était de se placer sur un autre créneau que celui les plateformes de contenu en ligne. On propose des expériences de qualité, une programmation qui allie autant des blockbusters hollywoodiens que du cinéma indépendant, avec des bijoux d’art et d’essai qu’on a à cœur de faire découvrir au public. Tout ça accompagné de beaucoup d’évènementiel : des rencontres, des conférences, des nuits du cinéma, même un marathon Harry Potter : ça plait beaucoup, et on a toujours des gens qui viennent déguisés !
Depuis, j’ai structuré l’équipe en recrutant Kylian, ancien apprenti au profil orienté communication, aujourd’hui assistant. J’ai également internalisé une partie des fonctions RH auparavant gérées par le cabinet comptable. Magalie, avec qui je travaillais déjà, a rejoint l’équipe comme directrice adjointe, en charge de l’administratif et de la gestion quotidienne. L’équipe reste polyvalente, malgré quelques ajustements liés aux projets personnels ou à l’ancienneté de certains collaborateurs.
Les résultats ont rapidement confirmé cette dynamique : la fréquentation est passée de 65 000 à près de 100 000 entrées en quelques années, malgré l’impact du COVID.
Cette croissance m’a permis d’envisager un projet d’extension, renforcé par des opportunités foncières à proximité du cinéma. Une étude de marché a confirmé le potentiel du site, avec une capacité de développement importante malgré un environnement rural. Aujourd’hui, le projet d’agrandissement représente un investissement conséquent, ce qui m’amène à envisager de nouveaux accompagnements pour sécuriser cette prochaine étape.
Le projet consiste à transformer et développer le cinéma actuel, un bâtiment des années 1930 aujourd’hui limité en termes de capacité (nous avons seulement deux salles), de confort et d’accessibilité. L’objectif est de créer un équipement modernisé, avec 5 salles (et la possibilité d’en ajouter une 6e), tout en conservant l’identité du lieu et son ancrage local. Le choix d’un architecte sensible à la valorisation du patrimoine s’inscrit dans cette volonté de ne pas dénaturer le cinéma existant.
Au-delà de l’extension, le projet intègre de nouveaux espaces, notamment pour des animations, des expositions ou des événements, afin de renforcer l’expérience culturelle. Prévu à horizon 3 ans, il repose sur un équilibre financier incluant environ 30 % de subventions, indispensables à sa réalisation. »