Désirée

Mathilde Bignon & Audrey Venant

  • Talent 2026
  • Commerce
  • Ile-de-France
Suivre Désirée  :

Fleuriste écoresponsable engagé pour le retour de la fleur locale et de saison.
Mathilde et Audrey ont été distinguées en tant que Talent BGE en 2016 et en 2026

Entreprendre et repenser toute une filière

De leur première boutique en 2016 à la cinquième déjà ouverte, Mathilde et Audrey nous confient le chemin parcouru : « Au départ, on s’est lancées avec une conviction forte : proposer une autre façon de faire de la fleuristerie. Avec Mathilde, on ne se retrouvait pas dans un modèle où 80 % des fleurs viennent de l’étranger, cultivées hors saison, souvent avec des pesticides et transportées sur des milliers de kilomètres. On voulait défendre une filière française, plus respectueuse de l’environnement, des saisons et des personnes qui produisent. C’est dans ce contexte qu’on a été accompagnées par BGE PaRIF au lancement. Cet accompagnement nous a aidées à structurer notre projet, à poser un cadre, à prendre du recul sur notre modèle économique et à transformer une intuition en entreprise viable.

On a mis près d’un an à sourcer nos producteurs, à trouver celles et ceux qui partageaient nos valeurs : une culture sans pesticides, en plein champ, au rythme des saisons, avec des pratiques respectueuses. Dès le départ, on a fait un choix radical : ne proposer que des fleurs françaises et de saison. Pas de serres chauffées, pas de compromis. En parallèle, on a développé une activité événementielle et commencé à fédérer un réseau de fleuristes engagés. Très vite, le projet a trouvé son public, et on a ouvert une deuxième boutique à Paris.

Se recentrer sur l'essentiel

Puis il y a eu le COVID, qui a marqué un vrai tournant. À ce moment-là, on avait aussi développé une activité de café-restaurant. Mais la crise a fragilisé cet équilibre. On a dû prendre des décisions difficiles, notamment fermer le café du 11e arrondissement. C’était un moment charnière, pas simple à vivre, mais qui nous a obligées à nous recentrer sur ce qui fonctionnait vraiment : la fleur. On a transformé cet espace en atelier floral, et en parallèle, on a accéléré sur le digital. Mathilde a créé un site internet qui est aujourd’hui un vrai levier de chiffre d’affaires. Ce pivot, même s’il a été difficile, nous a rendues plus solides.

On a continué à faire évoluer notre modèle. Dans le 19e arrondissement, on a conservé un lieu plus grand, avec une activité mixte, mais là encore, on s’est rendu compte que l’équation économique du café, même avec du bio et une clientèle fidèle, restait fragile. On a donc pris une nouvelle décision structurante : transformer ce lieu en coffee shop plus léger, en cohérence avec nos moyens et nos ambitions. Cette capacité à ajuster, à pivoter sans renier nos valeurs, est devenue une vraie force.

En parallèle, on a ouvert de nouveaux lieux, notamment dans le 14e arrondissement, avec un concept encore plus abouti : boutique de fleurs et atelier dédié aux cours floraux. Aujourd’hui, ces ateliers représentent une part importante de notre activité. On transmet, on partage, et on crée du lien autour du végétal. En 2024, on a poursuivi avec une nouvelle implantation sur un marché parisien, puis une prochaine ouverture dans le 15e arrondissement, avec un concept encore différent, intégrant un espace librairie autour du végétal. On avance étape par étape, sans chercher à aller trop vite.

Essaimer et grandir

Pour accompagner cette croissance, on a aussi sécurisé notre modèle financier. On a réalisé une levée de fonds de 250 000 euros auprès de personnes de confiance, sans perdre notre indépendance, et on a travaillé avec des partenaires comme France Active pour consolider notre trésorerie. L’objectif n’a jamais été de devenir une “licorne”, mais plutôt de construire une entreprise solide, durable, fidèle à ses engagements. On le dit souvent en souriant : on est un petit poney, mais un poney qui avance.

Aujourd’hui, on compte plusieurs boutiques et environ 25 personnes dans l’équipe. Mais on reste une structure à taille humaine, avec une organisation simple et un management de proximité. On tient à garder la main sur nos achats, sur nos créations, sur nos relations avec les producteurs. On refuse de franchiser, parce que ça ne correspond pas à notre vision.

Ce dont on est particulièrement fières, c’est aussi l’impact humain de notre projet. On a formé beaucoup d’apprentis, et plusieurs ont ensuite créé leur propre entreprise, souvent dans d’autres régions, en reprenant nos valeurs. D’une certaine manière, on a contribué à faire émerger une nouvelle génération de fleuristes engagés. On participe, à notre échelle, à faire évoluer la filière.

Agir au quotidien pour ses convictions

On est aussi très attentives aux conditions de travail. Les métiers manuels, et notamment la fleuristerie, ont longtemps été difficiles. Nous, on veut montrer qu’on peut faire autrement : respecter les horaires, améliorer le confort, valoriser les compétences. Ça se ressent dans l’engagement de nos équipes, et dans l’attractivité de nos formations.

On continue également à investir dans la filière, notamment en entrant au capital d’une exploitation florale près de Rambouillet. L’idée, c’est d’aller encore plus loin dans la maîtrise de nos approvisionnements et de soutenir concrètement la production locale. Bien sûr, tout n’est pas simple. Le contexte est tendu, les marges sont faibles, et même si on crée de l’emploi, il reste peu de résultat en fin d’année. On aimerait pouvoir faire encore plus, notamment sur les salaires. Mais on avance avec lucidité, en gardant un cap clair : construire une entreprise résiliente.

Avec le recul, on se rend compte du chemin parcouru. En presque dix ans, on a traversé des crises, fait des choix difficiles, ouvert et fermé des lieux, testé, ajusté. Et surtout, on a gardé intacte notre envie de faire bouger les lignes. Rien n’est acquis, et c’est ce qui nous pousse à rester en mouvement. Aujourd’hui, on continue d’y croire, profondément. À la force du collectif, à l’importance du commerce de proximité, à la nécessité de repenser nos façons de produire et de consommer. Et si on regarde vers l’avenir, on a toujours la même énergie qu’au début : celle de construire, pas à pas, un modèle qui nous ressemble. »

désirée

Suivre Désirée  :