John-Mikaël Flaux a été distingué en tant que Talent BGE en 2018 et en 2026
Il conçoit et fabrique des créations horlogères d’art, en pièces uniques ou en très petites séries, alliant savoir-faire technique et expression artistique.
John-Mikaël a créé son entreprise en 2019, il nous raconte : « Je crois que j’ai toujours su, au fond de moi, que je serais indépendant. Ce n’est pas quelque chose que j’ai hérité directement de mes parents, mais plutôt une forme d’état d’esprit. Mes grands-parents étaient agriculteurs, et même si je n’ai pas grandi dans l’entrepreneuriat au sens classique, j’ai toujours été marqué par cette idée de gérer, de créer, de faire par soi-même.
Après mes études d’horlogerie, j’ai travaillé pendant plusieurs années en Suisse, notamment dans une grande manufacture. Cette expérience a été très enrichissante techniquement, mais elle m’a aussi confirmé une chose essentielle : le salariat n’était pas fait pour moi. J’avais besoin de liberté, de créer selon mes propres règles, de suivre mon intuition. J’ai toujours eu une approche très artistique de l’horlogerie. Là où beaucoup voient un objet technique, moi j’y vois un terrain d’expression.
C’est ce besoin qui m’a poussé à me lancer. En 2017, j’ai quitté mon emploi, avec une conviction assez claire : je voulais créer mon entreprise. Avant de franchir le pas, j’ai suivi une formation avec BGE Franche-Comté, une étape qui a été déterminante dans mon parcours.
Cette formation m’a permis de structurer mon projet, de comprendre les enjeux de la gestion d’entreprise, de formaliser un business plan. J’y suis arrivé avec une certitude que tous n’avaient pas : je savais que j’allais me lancer. Là où d’autres cherchaient à valider leur idée, moi je voulais apprendre à la rendre viable. BGE m’a apporté un cadre, des outils, mais aussi un regard extérieur précieux, parfois confrontant, toujours utile.
Je me suis lancé officiellement début 2018. Au départ, comme beaucoup d’entrepreneurs, j’avais une vision assez précise de ce que je voulais faire. J’imaginais plusieurs gammes de créations, une stratégie assez structurée. Mais la réalité m’a vite rattrapé : le marché, les clients, les opportunités m’ont amené à adapter mon projet. J’ai compris que l’entrepreneuriat, ce n’est pas exécuter un plan, c’est savoir évoluer en permanence.
Très vite, j’ai aussi été confronté à une difficulté majeure : le positionnement. Mes créations ne correspondent pas aux codes traditionnels de la haute horlogerie. Elles sont atypiques, parfois déroutantes. Cela suscite de l’intérêt, mais pas toujours des ventes immédiates. J’ai dû apprendre à assumer cette singularité. Comme je le dis souvent, je ne crée pas pour le marché, je crée parce que j’ai quelque chose à exprimer.
Ma marque est née de cette volonté. Elle porte mon nom, ce qui est un engagement fort. C’est une manière de dire que je prends la responsabilité de ce que je crée, que je m’inscris dans une démarche sincère et durable. Mon travail s’inscrit dans ce qu’on appelle désormais la Mécanique d’Art* : un univers où la technique se met au service de l’émotion, où les objets deviennent des œuvres, des expériences.
* terme enregistré à l’UNESCO
Concrètement, je conçois et fabrique des pièces uniques ou en très petites séries. Je travaille seul dans mon atelier, même si je collabore parfois avec d’autres artisans : graveurs, émailleurs, bijoutiers… Ce dialogue entre les métiers est essentiel pour moi. Il nourrit la création et permet d’aller plus loin.
L’un des apprentissages les plus importants de mon parcours, c’est que je ne pouvais pas tout faire seul. Créer, fabriquer, vendre, communiquer… ce sont des métiers différents. J’ai longtemps sous-estimé la dimension commerciale. Aujourd’hui, je m’appuie sur des partenaires, notamment pour la vente à l’international. Cela m’a permis de continuer à me concentrer sur ce qui m’anime vraiment : la création.
La communication joue aussi un rôle clé. J’ai notamment développé ma présence sur les réseaux sociaux, ce qui m’a permis de toucher des collectionneurs partout dans le monde. Dans ce milieu très niche, le bouche-à-oreille est également déterminant. Petit à petit, une réputation se construit.
La crise sanitaire a été un moment difficile, comme pour beaucoup. Mais elle m’a aussi poussé à me réinventer, à repenser certaines choses. J’ai appris à être plus agile, à saisir les opportunités.
Aujourd’hui, je me situe dans un équilibre fragile mais précieux. Je développe mon activité tout en restant fidèle à ma vision. Mon objectif n’est pas de faire croître mon entreprise à tout prix. Je ne cherche pas à devenir une structure industrielle. Ce qui m’importe, c’est de préserver la qualité, l’authenticité, la liberté.
Je veux que mon entreprise reste au service de ma créativité. C’est un point fondamental. Être entrepreneur, pour moi, ce n’est pas seulement gérer une activité économique, c’est trouver une harmonie entre contraintes et expression personnelle.
Je suis convaincu qu’il existe un public pour cette approche, même s’il est restreint. Et au-delà de mon propre parcours, j’espère contribuer à faire évoluer les regards sur l’horlogerie, à ouvrir des perspectives pour d’autres créateurs. La mécanique d’art est un territoire encore peu exploré, mais plein de potentiel.
Si je devais résumer mon aventure entrepreneuriale, je dirais que c’est une quête : celle de donner forme à une vision, tout en construisant un modèle viable. C’est un chemin exigeant, parfois incertain, mais profondément aligné avec ce que je suis. Et aujourd’hui, malgré les difficultés, je ne regrette pas une seule seconde de m’être lancé. »