Percipio Robotics conçoit et fabrique des robots de haute précision destinés à l’industrie.
David a été distingué en tant que Talent BGE en 2011 puis en 2026.
David a été poussé à entreprendre, il nous raconte : « À l’origine, j’étais ingénieur de recherche au CNRS. Mon métier consistait à repousser les limites des connaissances scientifiques autour de la manipulation d’objets microscopiques et de la robotique appliquée à ces échelles. J’aimais énormément mon travail de chercheur : j’avais la sensation d’être payé pour explorer, expérimenter et résoudre des problèmes passionnants. Je n’avais pas forcément envie de créer une entreprise, même si des industriels ont progressivement commencé à s’intéresser à nos travaux. Ils venaient nous voir en expliquant qu’ils avaient besoin de ce type de technologies dans leurs propres activités. Après plusieurs demandes, l’idée qu’il puisse exister une véritable opportunité économique autour de ces recherches a commencé à émerger.
Mon directeur de recherche, Michaël GAUTHIER, m’a alors encouragé à envisager la création d’une entreprise. Au départ, j’ai refusé, car je me sentais bien dans mon environnement de recherche. Je préférais continuer à explorer et à expérimenter plutôt que de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Mon collègue de bureau, ingénieur de recherche, qui travaillait sur des sujets proches des miens, avait commencé à préparer un projet de création d’entreprise avec un incubateur régional, mais il a finalement abandonné lorsqu’il est devenu père. De mon côté, j’ai continué mes recherches, avec la perspective d’un nouveau contrat au laboratoire. Finalement, cette opportunité n’a pas abouti et je me suis retrouvé sans réelle perspective professionnelle.
Avec le recul, je pense que mon directeur scientifique avait compris avant moi que l’entrepreneuriat pouvait me correspondre. Il savait que j’aimais construire, expérimenter, trouver des solutions concrètes aux problématiques des autres. Il m’a alors poussé à franchir le pas. Au fond de moi, l’envie était probablement déjà présente, mais j’avais du mal à quitter le confort du laboratoire. J’ai finalement décidé de me lancer et j’ai commencé toutes les démarches nécessaires : recherche de financements, études de marché, dépôt de brevets, développement technologique, intégration d’un incubateur et préparation de la création d’entreprise.
Au fil du parcours, j’ai découvert un écosystème très stimulant. Les acteurs de l’innovation, les structures d’accompagnement, les financeurs et les chefs d’entreprise que je rencontrais manifestaient beaucoup d’intérêt pour notre projet. Petit à petit, j’ai compris que cette aventure avait du sens et que j’étais peut-être fait pour entreprendre. J’ai intégré l’incubateur d’entreprises innovantes de Franche-Comté et j’ai préparé la création de Percipio Robotics, qui a vu le jour en février 2011.
Cette décision a été un véritable tournant. Si j’étais resté dans la recherche, j’aurais probablement fini par m’ennuyer, alors que l’entrepreneuriat m’a offert une diversité de sujets et d’apprentissages permanente. Depuis plus de 15 ans, je développe de nouvelles compétences, je découvre de nouveaux défis et je vois l’entreprise évoluer. Il y a eu des hauts et des bas, mais les moments positifs ont largement pris le dessus. Chaque fois que je ressens une forme de stagnation, le fait de retrouver un nouveau sujet à explorer me redonne de l’énergie.
Après mon passage en incubateur, la suite logique a été d’intégrer la pépinière BGE Franche-Comté à Besançon. Nous étions installés dans le même bâtiment, ce qui m’avait permis de rencontrer les équipes BGE dès mes premières années d’entrepreneur. À la fin de l’incubation, venir vers BGE était donc une évidence : j’avais besoin de locaux, mais aussi de poursuivre cet accompagnement dans un environnement adapté aux jeunes entreprises. J’ai rencontré la responsable de la pépinière, rempli le dossier de candidature et présenté mon projet devant BGE et Grand Besançon. Peu après, j’ai simplement déplacé mes affaires d’un couloir à l’autre pour rejoindre les locaux de la pépinière.
Cette proximité a été très importante dans mon parcours. J’ai passé environ huit ans au sein de l’écosystème BGE, entre la pépinière puis l’hôtel d’entreprises. J’y ai développé mon activité, recruté ma première salariée et vu l’entreprise grandir jusqu’à atteindre une vingtaine de collaborateurs. Au-delà des locaux, c’est surtout la présence humaine qui a compté : les échanges quotidiens, l’écoute, les conseils, les personnes à qui l’on peut annoncer une bonne nouvelle ou partager une difficulté. BGE a représenté un véritable point d’ancrage dans cette phase de développement. Lorsque nous avons finalement quitté les locaux pour nous installer dans notre propre bâtiment, nous avons réalisé à quel point cette proximité nous manquait. Aujourd’hui encore, les liens restent très forts, d’autant plus que ma compagne a rejoint les équipes de la pépinière BGE Besançon Palente quelques années plus tard.
Aujourd’hui, Percipio Robotics compte 40 salariés et conçoit des machines robotisées capables d’assembler des composants de très petite taille avec une précision extrême. Nous travaillons notamment pour les secteurs de l’électronique, du spatial, du biomédical ou encore de l’horlogerie. Nos clients viennent nous voir lorsqu’ils rencontrent des problématiques d’assemblage qu’ils pensent parfois impossibles à automatiser. Nous étudions leur besoin, testons les possibilités sur nos plateformes robotiques puis concevons une machine complète, depuis le développement du procédé jusqu’à l’installation et la maintenance chez le client.
Notre particularité est justement de travailler sur des projets complexes, parfois considérés comme irréalisables. Cela demande beaucoup de recherche et développement, avec des investissements importants avant d’obtenir une solution opérationnelle. Les premières réalisations servent souvent à prouver la faisabilité, puis la rentabilité arrive lorsque les clients commandent plusieurs exemplaires de la machine développée.
Le développement commercial a également été un apprentissage. Au début, il a fallu gagner la confiance des industriels. Pendant les premières années, nous avons réalisé des prestations d’ingénierie plus générales pour générer du chiffre d’affaires et démontrer notre sérieux. Il faut du temps pour qu’une jeune entreprise soit considérée comme crédible. J’ai aussi appris que vendre ne consiste pas simplement à convaincre, mais surtout à écouter. Comprendre précisément le problème du client est devenu notre meilleur argument commercial.
Avec l’expérience, j’ai également gagné en confiance dans la valeur de nos solutions. Au début, j’avais tendance à sous-estimer nos prix. J’ai appris qu’un produit de haute technologie doit être valorisé à la hauteur de ce qu’il apporte. Aujourd’hui, après 15 ans d’expérience, nous avons davantage de maturité et d’assurance dans notre proposition de valeur.
Cette évolution concerne aussi ma manière de diriger l’entreprise. Je n’ai jamais été un manager traditionnel. La hiérarchie n’a jamais vraiment correspondu à ma façon de fonctionner. J’ai donc construit une organisation basée sur l’autonomie, la confiance et la prise d’initiative. Aujourd’hui, Percipio Robotics fonctionne selon un modèle d’organisation participative : les salariés prennent une grande partie des décisions collectivement. Mon rôle n’est plus de donner des consignes, mais plutôt d’accompagner, de coacher et d’aider les équipes lorsqu’elles rencontrent des difficultés. Mon objectif est finalement de devenir dispensable : si l’entreprise fonctionne sans moi, c’est que le modèle est viable.
Aujourd’hui, notre principal défi est de franchir une nouvelle étape. Nous avons identifié un marché immense, car la miniaturisation des produits concerne de nombreux secteurs. Pourtant, nous avons mis du temps à comprendre pourquoi notre technologie n’était pas encore plus largement adoptée. Beaucoup d’entreprises réalisent encore ces assemblages manuellement, mais elles ne communiquent pas forcément dessus, car cela peut être perçu comme une faiblesse. Par ailleurs, lorsqu’elles cherchent à automatiser, elles entendent souvent que ce n’est pas possible. Nous arrivons donc parfois en dernier recours, lorsque les industriels sont bloqués.
Nous préparons désormais une nouvelle phase de développement avec une levée de fonds et l’ambition de créer un groupe international. L’objectif est d’être davantage visibles, de mieux valoriser nos références et d’aller au contact des clients pour montrer ce que nous sommes capables de réaliser. Nous avons une technologie reconnue, un savoir-faire solide et un potentiel important à exploiter.
Mon premier passage par les Talents BGE en 2011, avait déjà contribué à renforcer notre visibilité locale. À l’époque, cette reconnaissance nous avait permis d’être mieux identifiés dans l’écosystème régional et de porter les couleurs de la Franche-Comté au niveau national. Quinze ans plus tard, revenir dans cette démarche est une belle expérience. Ce qui me plaît particulièrement, c’est de rencontrer des entrepreneurs aux profils très différents : une entreprise technologique comme la nôtre peut échanger avec un commerce, un artisan ou une entreprise de services, et finalement constater que les problématiques entrepreneuriales sont souvent proches. C’est cette diversité qui fait la richesse de l’entrepreneuriat. »