Au royaume du cuir

Jimmy Decock

  • Talent 2026
  • Artisanat
  • Hauts-de-France
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Jimmy est un expert en cordonnerie et maroquinerie à Wasquehal. Il a créé sa propre boutique, où il propose réparations, rénovations et entretien du cuir grâce à son savoir-faire et celui de son équipe.
Il a été distingué en tant que Talent BGE en 2019 et en 2026. Il nous raconte :

Trouver sa voie

« Mon parcours n’a rien de linéaire. J’ai quitté l’école assez tôt, vers 15 ou 16 ans, sans vraiment savoir où j’allais. À ce moment-là, mon père m’a orienté vers un apprentissage qui me permettrait de découvrir un peu le monde professionnel, notamment le commerce et l’entrepreneuriat. Ce n’était pas encore un projet clair, plutôt une phase d’exploration, une manière de me mettre dans le bain et de réfléchir à la suite.

C’est finalement dans le cuir que j’ai trouvé ma voie. Je me souviens très bien du moment où tout a basculé : j’ai eu l’occasion de m’offrir une ceinture de luxe, et ça a été une révélation. Pas forcément sur la fabrication en elle-même, mais sur l’univers du cuir, la noblesse de la matière, son potentiel, son esthétique. À partir de là, j’ai cherché à m’en rapprocher concrètement, et j’ai trouvé un artisan cordonnier multiservices chez qui j’ai effectué un CAP en apprentissage pendant deux ans.

Après cette formation, j’ai continué à travailler en tant que salarié pendant un an et demi. Mais assez rapidement, j’ai ressenti le besoin de faire les choses à ma manière. J’avais des idées, une vision, et surtout l’envie de construire quelque chose qui me ressemble.

Créer son propre atelier

À 20 ans, avec le soutien de mon père, nous avons décidé de prendre un risque : créer ma propre entreprise dans l’univers du cuir.

C’est là que l’accompagnement de BGE Hauts-de-France a joué un rôle déterminant. Je ne connaissais pas vraiment le marché, j’étais jeune, avec peu d’expérience dans le commerce. L’implantation locale à Wasquehal était impérative pour pouvoir m’appuyer sur mon réseau familial. L’accompagnement nous a permis de structurer le projet, de valider sa faisabilité et surtout de prendre confiance. Nous avons construit le business plan, identifié les aides et les partenaires financeurs, posé les bases de l’entreprise. Au-delà des outils, c’est aussi l’aspect humain qui a compté : être compris, écouté, accompagné sans jugement.

Le projet a démarré simplement, avec une activité de cordonnerie. Mais très vite, j’ai voulu aller plus loin. Je ne me suis jamais reconnu dans l’image classique du cordonnier qui attend le client derrière son comptoir. J’ai toujours eu envie de casser les codes, d’élargir le champ des possibles.

Se diversifier pour mieux grandir

Progressivement, j’ai développé d’autres compétences : la maroquinerie, la rénovation de pièces en cuir, puis des activités plus spécifiques comme la sellerie ou le travail sur des pièces uniques. Aujourd’hui, je parle plutôt d’un atelier polyvalent que d’une simple cordonnerie.

Le développement de l’entreprise s’est aussi construit sur une stratégie d’ouverture. Nous ne nous sommes pas contentés du bouche-à-oreille, même si celui-ci a été essentiel au départ. Nous avons structuré notre communication, investi les réseaux sociaux, publié régulièrement et travaillé notre image. Cela nous a permis de toucher de nouveaux clients, mais aussi de nouer des partenariats avec des boutiques, des marques et des plateformes spécialisées dans le cuir, y compris dans le secteur du luxe.

Cette diversification a été un vrai levier. Elle nous a permis de ne pas dépendre d’un seul type de clientèle, mais aussi de gagner en visibilité et en crédibilité. Aujourd’hui, nous travaillons aussi bien pour des particuliers que pour des professionnels, sur des projets très variés, allant de la réparation classique à la restauration de pièces haut de gamme.

Féderer une vraie équipe

Très tôt, j’ai aussi fait le choix de structurer l’entreprise sur le long terme. Pendant les premières années, je ne me suis quasiment pas versé de salaire. L’objectif n’était pas de gagner de l’argent rapidement, mais de construire quelque chose de solide. Nous avons réinvesti dans l’entreprise, jusqu’à acheter un bâtiment qui accueille aujourd’hui l’activité. Ce choix stratégique nous a permis de stabiliser le projet et de lui donner une vraie assise.

Un autre aspect important pour moi a été la transmission. Mon expérience en apprentissage m’a marqué, et j’avais envie de proposer une autre manière d’apprendre le métier, plus ouverte, plus moderne. C’est pour cela que j’ai rapidement intégré des apprenties, puis constitué une équipe. Aujourd’hui, nous sommes trois, et cette dimension collective est essentielle. Travailler à plusieurs permet non seulement d’être plus efficaces, mais aussi de créer une dynamique, une identité commune. Mais ce que je préfère par-dessus tout, c’est quand une personne pousse la porte de l’atelier en me disant : « Je ne sais pas si vous pourrez faire quelque chose pour moi…», je peux les rassurer et voir leur visage rayonnant quand ils viennent rechercher l’objet cher à leur cœur, ça n’a pas de prix !

Nous avons également mis en place un système d’intéressement pour partager les résultats de l’entreprise. C’est une manière de reconnaître l’implication de chacun et de faire en sorte que tout le monde se sente pleinement acteur du projet. Pour moi, une entreprise n’est pas seulement un outil économique, c’est avant tout une aventure humaine.

Entre développement et engagement durable

Aujourd’hui, l’entreprise est stable, en développement constant, avec une progression régulière du chiffre d’affaires. Nous approchons des dix ans, et ce cap représente une étape importante. L’objectif initial était de construire une structure pérenne, capable de faire vivre plusieurs personnes. Nous y arrivons progressivement.

Au-delà des chiffres, ce qui me motive reste le sens que je donne à mon métier. Travailler le cuir, c’est aussi participer à une démarche durable, en réparant plutôt qu’en jetant, en redonnant vie à des objets. C’est dans cette logique que nous avons obtenu le label de bonus réparation, qui valorise cette approche.

Enfin, je crois que ce qui définit le mieux mon parcours, c’est l’envie constante d’évoluer. Je n’aime pas la routine, je cherche toujours à innover, à explorer de nouvelles pistes. Le “Royaume du cuir”, comme je l’ai appelé à 20 ans, est à mon image : en mouvement, ouvert, et en construction permanente. Les dix premières années ont posé les bases. Les suivantes restent à inventer. »

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