Financer sa création d’entreprise : comment convaincre les banques ?

Publiée le 03/08/2026

Obtenir un financement ne repose pas uniquement sur un bon business plan. Pour convaincre une banque, un entrepreneur doit démontrer la solidité de son projet, la cohérence de son modèle économique et sa capacité à le mener à bien.

À l’occasion de RDV TPE, BGE et Caisse d’Épargne vous ont proposé un webinaire dédié au sujet « Réussir sa création d’entreprise : les clés pour convaincre sa banque ».

Dans cet article, retrouvez les conseils prodigués lors de ce webinaire par Hugo Gentelet, conseiller-formateur chez BGE Berry Touraine, et Kareen Bellour, chargée d’action commerciale chez Caisse d’Epargne Côte d’Azur, ainsi que le retour d’expérience de Betty Peschet-Couté, co-gérante de deux agences APEF à Tours.

Un projet finançable est d’abord un projet structuré

En premier lieu, vérifier la cohérence personne/projet

Chez BGE, l’accompagnement débute par une phase d’émergence qui consiste à interroger la cohérence entre la personne et son projet. Pourquoi cette personne souhaite-t-elle entreprendre ? Son parcours est-il en adéquation avec l’activité envisagée ? Quelles compétences pourra-t-elle mobiliser ? Quels sont ses points forts, mais aussi les éventuels besoins d’accompagnement ?

Lorsque l'on sollicite un financement, on ne finance pas uniquement une activité : on finance avant tout une personne. Il est donc essentiel de comprendre les motivations qui poussent quelqu'un à entreprendre, son parcours professionnel, ses diplômes, ses expériences, ses compétences ou encore ses centres d'intérêt. L'objectif est de montrer qu'il existe une véritable cohérence entre le parcours de l'entrepreneur et le projet qu'il souhaite développer.

Structurer son modèle économique avant de rechercher des financements

Une fois cette cohérence établie, le travail consiste à transformer une idée en un véritable projet d’entreprise. C’est à ce stade qu’interviennent le business model, l’étude de marché et la stratégie commerciale. En effet, avant de convaincre un banquier, il faut être capable de démontrer que son entreprise répondra à un besoin réel, qu’elle saura se différencier de la concurrence et qu’elle dispose d’un modèle économique viable.

Dans ces réflexions, l’étude de marché occupe une place centrale, car elle permet d’acquérir une connaissance fine de son secteur d’activité, d’identifier les attentes des futurs clients et de comprendre le positionnement des concurrents. Cette analyse nourrit ensuite la stratégie commerciale, qui doit répondre à une question essentielle : comment l’entreprise trouvera-t-elle sa place sur un marché où d’autres acteurs sont déjà présents ?

Un prévisionnel crédible repose sur des hypothèses démontrées, pas sur des estimations optimistes

Le prévisionnel constitue l’une des pièces maîtresses du projet : il traduit en chiffres l’ensemble des choix stratégiques réalisés en amont. Ce que recherchent les financeurs ici, c’est avant tout la cohérence des hypothèses qui sous-tendent ces chiffres. Autrement dit, un prévisionnel n’a de valeur que si l’entrepreneur est capable d’expliquer précisément comment il compte atteindre les objectifs qu’il affiche.

Le prévisionnel comptable est un document incontournable. Tous les financeurs le demanderont. Évidemment, aucun entrepreneur ne présente un prévisionnel annonçant des pertes. Mais un prévisionnel affichant une bonne rentabilité ne suffit pas à convaincre un financeur. Ce qui compte, c'est votre capacité à expliquer les chiffres. Si votre prévisionnel prévoit 80 000 € de chiffre d'affaires, il faut être capable de démontrer comment vous allez atteindre cet objectif. [...] Les chiffres doivent être traduits en éléments concrets. C'est cette démonstration qui permet au banquier de juger si les hypothèses sont cohérentes avec la réalité du secteur.

Derrière chaque ligne d’un prévisionnel doivent ainsi se cacher des hypothèses opérationnelles. Combien de clients seront acquis chaque mois ? Quel sera le panier moyen ? Quel rythme de développement est réellement envisageable ? Chaque estimation doit pouvoir être reliée à des éléments tangibles issus de l’étude de marché, de la stratégie commerciale ou de l’expérience du porteur de projet.

On fait souvent du prévisionnel une montagne, mais ce n'est pas un exercice inaccessible. En revanche, il faut accepter une chose : lorsqu'on crée son entreprise, on n'est pas forcément comptable, ni expert-comptable. Le plus important est donc de savoir bien s'entourer. [...] Lors de mon premier rendez-vous bancaire, j'avais un prévisionnel qui n'était pas équilibré. Le banquier m'a immédiatement expliqué que le dossier ne pouvait pas être présenté en l'état. J'ai alors compris que je n'étais tout simplement pas accompagnée par le bon professionnel. Une fois ce point corrigé, les échanges avec les banques ont été beaucoup plus simples.

Le financement se prépare dès le début du projet

Le financement est parfois envisagé comme la dernière pièce du puzzle. Dans les faits, il intervient bien plus tôt. Chez BGE, dès les premiers échanges avec un porteur de projet, la question des ressources nécessaires au lancement est intégrée à la réflexion.

Lorsqu’on travaille le business model, on réfléchit déjà aux ressources nécessaires au lancement de l’activité. Ces ressources peuvent être humaines, matérielles ou financières. […] Une fois que tous les besoins ont été identifiés, il faut déterminer comment ils seront financés.

Si un apport personnel reste un signal positif et nécessaire pour les financeurs – il témoigne de l’engagement de l’entrepreneur – il n’est pas pertinent de mobiliser toutes ses économies. Conserver une marge de sécurité permet de faire face aux imprévus des premiers mois d’activité et limite les risques de fragiliser sa situation personnelle.

En règle générale, les banques demandent un apport personnel représentant environ 20 à 30 % du projet. […] En revanche, lorsqu’un entrepreneur dispose de suffisamment d’épargne pour financer l’intégralité de son projet, je lui conseille souvent de ne pas utiliser toutes ses ressources personnelles. Il est préférable de conserver une partie de cette trésorerie de sécurité et de laisser la banque financer le reste.

Ce que les banques analysent réellement avant d’accorder un financement

La première chose qu’une banque évalue, c’est le porteur de projet

Contrairement aux idées reçues, l’analyse d’un dossier commence rarement par les chiffres. Le premier élément étudié est l’entrepreneur lui-même : son parcours, son expérience, sa connaissance du secteur d’activité ou encore les compétences qu’il mobilisera pour développer son entreprise constituent autant d’indicateurs qui permettent d’évaluer la crédibilité du projet.

Nous regardons le parcours de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience professionnelle et sa connaissance du secteur d'activité. Nous cherchons à comprendre s’il possède les compétences nécessaires pour mener son projet à bien. Nous évaluons également sa motivation et sa détermination. Lorsque plusieurs associés portent le projet, nous regardons aussi leur complémentarité et leur capacité à travailler ensemble. En définitive, c'est le porteur de projet qui nous convainc de la faisabilité de son entreprise.

Il faut arriver devant son banquier avec un dossier complet. Il faut être crédible. Le rendez-vous bancaire est un rendez-vous professionnel. On vient présenter un véritable projet d'entreprise. Pour ma part, j'avais préparé un support de présentation sous PowerPoint. J'y expliquais mon parcours, mon projet, les raisons qui me poussaient à entreprendre, le fonctionnement de mon activité, puis toute la partie financière. Cette préparation joue énormément sur la crédibilité du porteur de projet.

Derrière les chiffres, la banque cherche une démonstration

Une fois le profil de l’entrepreneur évalué, la banque analyse naturellement le contenu du projet. L’étude de marché, la stratégie commerciale, le positionnement de l’entreprise ou encore les investissements prévus ne sont pas examinés indépendamment les uns des autres. Les conseillers bancaires cherchent à comprendre si l’ensemble forme un projet cohérent, capable de générer durablement de l’activité.

Nous prenons le temps de reprendre le prévisionnel avec le créateur. Un premier entretien dure souvent entre une heure et demie et deux heures. Parfois, plusieurs rendez-vous sont nécessaires. Nous cherchons notamment à comprendre comment le chiffre d'affaires a été construit. Un chiffre ne suffit pas. Il faut être capable d'expliquer son origine. Par exemple : pour un taxi, combien de kilomètres seront réalisés ; pour un restaurant, combien de couverts seront servis chaque jour.

La banque examine également l’équilibre financier de l’opération dans son ensemble.

Nous regardons ensuite le seuil de rentabilité, les charges, le résultat prévisionnel et le plan de financement. Celui-ci doit intégrer l'ensemble des dépenses : achat d'un fonds de commerce, matériel, travaux, stock, frais de notaire, frais bancaires, garanties ou encore honoraires éventuels. En parallèle, nous analysons les ressources mobilisées : apport personnel, prêts d'honneur, autres aides et prêt bancaire.

C’est pourquoi le travail réalisé en amont avec un conseiller BGE est un véritable atout. Il permet au porteur de projet de maîtriser l’ensemble de son dossier et de répondre avec précision aux questions qui lui seront posées, plutôt que de découvrir ces sujets au moment du rendez-vous bancaire.

Les erreurs qui fragilisent un dossier de financement

La première faiblesse observée par les établissements bancaires concerne la préparation même du projet. Arriver en rendez-vous avec quelques idées, un document synthétique ou un prévisionnel peu argumenté ne suffit pas à convaincre un financeur.

L'erreur que nous rencontrons le plus souvent est un projet insuffisamment préparé. Lorsqu'un entrepreneur arrive avec un simple document, sans véritable business plan, sans étude de marché ni réflexion sur son activité, cela montre immédiatement que le projet n'a pas été suffisamment travaillé.

Une autre erreur fréquente consiste à sous-estimer les moyens réellement nécessaires au démarrage de l’activité. Beaucoup d’entrepreneurs évaluent précisément leurs investissements matériels, mais oublient que leur entreprise devra également financer plusieurs semaines, voire plusieurs mois de fonctionnement avant de générer suffisamment de chiffre d’affaires.

Le besoin en fonds de roulement (BFR) est un élément essentiel du plan de financement. Il ne faut pas hésiter à prévoir une trésorerie de départ suffisamment importante. Cette trésorerie doit d'ailleurs être justifiée de manière très concrète : le banquier doit comprendre précisément à quoi elle servira.

Le financement bancaire est le début d’une relation, pas sa finalité

La banque n’est pas uniquement un organisme qui accorde un prêt ; elle accompagne également le dirigeant dans les différentes étapes de la vie de son entreprise, qu’il s’agisse d’investir, de recruter, de gérer sa trésorerie ou de faire face à des difficultés ponctuelles.

Au-delà du financement, il faut aussi comprendre qu'une banque accompagne un entrepreneur dans la durée. Notre rôle ne s'arrête pas à l'octroi d'un prêt. Nous accompagnons également le dirigeant sur la protection du chef d'entreprise, les moyens de paiement, la gestion des flux et les services bancaires nécessaires au développement de son activité. Il ne faut donc pas hésiter à poser des questions. Nous sommes là pour construire une relation de partenariat.

C’est d’ailleurs ce dont témoigne Betty Peschet-Couté. Après avoir rencontré plusieurs établissements bancaires, elle explique que son choix ne s’est pas uniquement fait sur les conditions financières proposées.

Au-delà des conditions financières, je pense qu'il est très important que le courant passe avec son conseiller. La banque devient un partenaire de long terme. On échange avec elle lorsque l'entreprise rencontre des difficultés, mais aussi lorsqu'elle se développe. [...] J'aime comparer cette relation à un mariage. On choisit un partenaire avec lequel on va avancer pendant plusieurs années. Et comme dans un mariage, cette relation peut évoluer. L'essentiel est qu'elle repose sur la confiance.

Il ne faut rien cacher à son banquier. Il faut le considérer comme un partenaire. L'entrepreneur n'a pas à trouver seul toutes les solutions. Lorsqu'une difficulté apparaît, il est préférable d'expliquer la situation à son conseiller. C'est son métier de rechercher des solutions adaptées. Surtout, il ne faut pas attendre que la situation devienne critique. Plus les difficultés sont anticipées, plus il est possible d'agir.

En conclusion, qu’il s’agisse de l’accompagnement proposé par BGE ou de la relation entretenue avec la banque, la réussite d’un projet entrepreneurial repose rarement sur un entrepreneur isolé. Elle se construit grâce à un réseau de partenaires capables d’apporter des compétences complémentaires, de challenger le projet et d’accompagner le dirigeant dans la durée.