Théo a créé une entreprise innovante alors qu’il est encore étudiant. Il nous raconte : « Je suis actuellement étudiant en sciences de la vie, avec une spécialisation en biologie cellulaire. Je suis aujourd’hui en troisième année de licence. Dès ma première année, j’ai rapidement réalisé que mon emploi du temps me laissait plusieurs jours libres par semaine, parfois deux à trois jours sans cours. Je me suis alors dit que ce rythme allait durer trois ans et qu’il fallait que je mette ce temps à profit pour construire quelque chose de concret.
Le jardinage fait partie de ma vie depuis longtemps. J’ai commencé très jeune, vers l’âge de 4 ou 5 ans, aux côtés de mon grand-père qui m’a transmis cette passion. Quelques années plus tard, mes parents ont agrandi la maison et il a fallu aménager et fleurir les extérieurs. Ils m’ont naturellement confié cette tâche. Au départ, je n’étais pas particulièrement motivé et je cherchais surtout une solution simple, rapide et efficace pour obtenir un bon résultat sans trop d’efforts. Mais cette solution n’existait pas.
J’ai alors eu une première idée que j’ai notée sur un post-it : un système de plateau prêt à poser, qui permettrait de fleurir facilement un espace sans compétences particulières. J’ai retrouvé ce post-it au début de ma première année de licence. Je me suis dit que j’avais du temps, alors autant essayer et voir jusqu’où cela pouvait aller. J’ai commencé à développer des prototypes, à tester différentes approches, puis, une fois une première version aboutie, j’ai cherché à structurer mon projet.
C’est à ce moment-là que j’ai rencontré BGE Normandie. Cet accompagnement m’a permis de clarifier mes idées, de poser un cadre et de définir une direction. Ensemble, nous avons construit le business plan. Au-delà du document en lui-même, cet accompagnement m’a surtout appris à structurer ma réflexion. Même sans consulter le business plan au quotidien, il sert de base à toutes les décisions.
Pour affiner mon produit, je n’ai pas réalisé d’étude de marché classique. Je ne me voyais pas aller interroger des passants dans la rue. J’ai préféré échanger directement avec un professionnel du secteur. J’ai présenté mon produit à un magasin de jardinage franchisé, qui m’a apporté un regard concret. Il m’a confirmé que cela pouvait modifier les habitudes de jardinage et m’a donné des conseils pratiques que j’ai intégrés. Cela m’a permis d’ajuster mon produit sans passer par une étude de marché formelle.
Le positionnement prix s’est également construit de cette manière. Je suis parti des indications du professionnel, puis j’ai ajusté en fonction de la marge que je souhaitais atteindre. Progressivement, j’ai trouvé un équilibre entre attractivité et rentabilité.
En parallèle, j’ai bénéficié d’autres dispositifs d’accompagnement, notamment le statut d’étudiant-entrepreneur. BGE m’a également mis en relation avec France Active pour structurer le financement, notamment les prêts bancaires et les garanties. Une partie du financement provient de concours que j’ai remportés, ce qui m’a permis de limiter mon apport personnel. Le prêt bancaire s’élève à environ 30 000 euros.
J’ai eu la chance d’être distingué par plusieurs prix. J’ai commencé par remporter un hackaton porté par Pépite, le prix Créactifs de la métropole de Rouen, le prix régional étudiant-entrepreneur de Pépite, prix du réseau entreprendre étudiant entrepreneur. Le prix 4S d’innovation du Crédit Mutuel. La bourse tremplin de la ville de Rouen, le concours Normandie for Good de la Caisse d’Épargne pour lequel j’ai été lauréat start-up et enfin un prix lié à mon secteur d’activité, qui m’a été remis par le l’ancien PDG de Truffaut qui s’appelle ZeAwards Habitat.
Sur la partie production, j’ai fait des choix techniques précis. Pour le support, je souhaitais utiliser de la cellulose recyclée. En France, les capacités de traitement ne permettaient pas d’obtenir une matière suffisamment propre pour un usage en contact avec le sol. J’ai donc travaillé avec un fournisseur en Europe capable de proposer une fibre recyclée traitée. Pour les bulbes, je me suis tourné vers la Hollande, principal producteur en Europe, afin de garantir la qualité tout en maîtrisant les coûts.
Au départ, je gérais moi-même l’assemblage et les expéditions, mais cela est rapidement devenu incompatible avec mes études. J’ai donc fait appel à un ESAT, qui prend aujourd’hui en charge l’ensemble de la chaîne, de l’assemblage à l’envoi des produits, aussi bien pour les particuliers que pour les magasins.
Le développement commercial s’est fait progressivement. J’ai démarché des collectivités locales, notamment autour de Rouen, ainsi que des enseignes spécialisées. Un élément déclencheur a été une vidéo publiée par un magasin partenaire sur les réseaux sociaux, qui a généré près d’un million de vues et entraîné un afflux important de commandes sur mon site internet.
Aujourd’hui, les résultats dépassent largement les prévisions initiales, avec un chiffre d’activité deux à trois fois supérieur à ce qui avait été envisagé. Pour la suite, l’objectif est de développer une distribution à plus grande échelle, notamment via une chaîne de magasins au niveau national, tout en poursuivant le développement des ventes en ligne et des partenariats avec les collectivités.
Enfin, ma manière d’avancer repose sur une logique simple : je me crée volontairement des points de non-retour. À chaque étape, je m’engage de manière à ne pas pouvoir reculer. Cela m’oblige à avancer, même lorsque des difficultés apparaissent. Cet engagement progressif, associé à l’accompagnement dont j’ai bénéficié, m’a permis de transformer une idée simple en un projet concret et aujourd’hui commercialisé. »